Le paysage Ă©conomique français traverse une mutation profonde en ce milieu d’annĂ©e 2026. Nos territoires, autrefois jalousement gardiens de leurs fleurons industriels et de services, voient leurs plus beaux actifs changer de mains Ă une vitesse dĂ©concertante. Des noms emblĂ©matiques comme Nutergia, le groupe Nicollin ou encore Visionix font la une de l’actualitĂ© financiĂšre non pas pour leurs rĂ©sultats, mais pour leur passage sous le contrĂŽle de nouveaux gĂ©ants de la finance internationale. Cette tendance, qui touche particuliĂšrement les entreprises de taille intermĂ©diaire (ETI), soulĂšve des questions cruciales sur l’avenir de notre souverainetĂ© industrielle et la pĂ©rennitĂ© de l’ancrage local. On ne parle plus seulement de simples transactions commerciales, mais d’un vĂ©ritable basculement structurel oĂč le capitalisme familial français semble s’essouffler face Ă l’appĂ©tit des fonds d’investissement Ă©trangers.
En bref :
- AccĂ©lĂ©ration inĂ©dite des rachats d’ETI françaises par des acteurs internationaux en 2026.
- Le secteur de la micronutrition avec Nutergia et celui des déchets avec le groupe Nicollin sont aux avant-postes de ces mutations.
- L’incertitude fiscale, notamment autour du pacte Dutreil, pousse de nombreux dirigeants vers la sortie.
- L’enjeu de la souverainetĂ© Ă©conomique devient un sujet central pour le maintien de l’emploi en rĂ©gion.
- Des solutions Ă©mergent pour renforcer les fonds souverains français et encourager l’investissement local.
L’accĂ©lĂ©ration des cessions d’entreprises rĂ©gionales en 2026
Le constat est sans appel : depuis le premier trimestre, le rythme des acquisitions s’est emballĂ©. Ce ne sont pas moins de seize ETI françaises qui ont Ă©tĂ© absorbĂ©es par des capitaux Ă©trangers en quelques mois seulement. Ces sociĂ©tĂ©s, qui emploient entre 250 et 5 000 salariĂ©s, reprĂ©sentent le cĆur battant de l’Ă©conomie de nos provinces. Pour le seul deuxiĂšme trimestre, le Mouvement des entreprises de taille intermĂ©diaire a dĂ©nombrĂ© 21 opĂ©rations de rachat majeures. Ce qui frappe les observateurs, c’est la diversitĂ© des acquĂ©reurs, provenant de huit nationalitĂ©s diffĂ©rentes, confirmant que la France reste un terrain de chasse privilĂ©giĂ© pour le capital-investissement mondial. Le marchĂ© rĂ©gional est devenu une cible de choix pour des groupes cherchant Ă consolider leur position en Europe.
Historiquement, la part des entreprises françaises acquises par des capitaux Ă©trangers tournait autour de 25 % sur la pĂ©riode 2007-2024. Aujourd’hui, ce chiffre explose, comme le souligne Edith Ginglinger, experte en finance Ă l’universitĂ© Paris Dauphine-PSL. Cette dynamique ne se limite pas Ă un seul domaine d’activitĂ©. Prenez l’exemple de Visionix, ce spĂ©cialiste de l’ophtalmologie comptant 600 collaborateurs, qui vient d’ĂȘtre repris par le groupe finlandais Revenio. Ou encore Le Froid Pecomark, un distributeur essentiel dans le secteur du froid, passĂ© sous banniĂšre belge avec le groupe Ipcom. Chaque acquisition redessine la carte de l’influence Ă©conomique dans nos territoires, dĂ©plaçant les centres de dĂ©cision loin de leurs bases historiques.
Cette frĂ©nĂ©sie d’achats s’explique par une combinaison de facteurs attractifs. Nos entreprises disposent d’un savoir-faire reconnu, de brevets solides et d’une prĂ©sence locale forte qui rassure les investisseurs en quĂȘte de stabilitĂ©. Cependant, cette attractivitĂ© a un revers : elle fragilise l’indĂ©pendance de nos joyaux rĂ©gionaux. Quand une entreprise comme Visionix change de main, c’est tout un Ă©cosystĂšme de fournisseurs et de partenaires locaux qui retient son souffle, craignant une rĂ©organisation dictĂ©e par des impĂ©ratifs de rentabilitĂ© globale plutĂŽt que par le dĂ©veloppement du territoire.
Le passage sous pavillon Ă©tranger n’est plus une exception, c’est devenu une Ă©tape presque naturelle dans le cycle de vie d’une ETI performante. Pourtant, cette normalisation cache une rĂ©alitĂ© plus complexe. Les dirigeants actuels font face Ă des dĂ©fis de croissance que les structures familiales traditionnelles ont parfois du mal Ă financer seules. L’appel Ă des fonds extĂ©rieurs devient alors une nĂ©cessitĂ©, ouvrant la porte Ă des prises de contrĂŽle majoritaires. La question n’est plus de savoir si une entreprise sera vendue, mais quand et Ă quel prix, transformant nos pĂ©pites industrielles en simples actifs financiers dans des portefeuilles internationaux.

La diversité des secteurs touchés par la vague internationale
L’industrie n’est pas la seule Ă ĂȘtre dans le viseur. Les services, la distribution et mĂȘme le logiciel voient leurs leaders rĂ©gionaux sollicitĂ©s par des offres difficiles Ă refuser. Cette transversalitĂ© montre que le capital Ă©tranger ne cherche pas seulement des usines, mais aussi des rĂ©seaux de distribution et des bases de donnĂ©es clients. Le cas de Visionix illustre parfaitement cette stratĂ©gie de domination technologique dans un secteur de niche trĂšs rentable. En absorbant des compĂ©tences pointues, les nouveaux gĂ©ants s’assurent une avance compĂ©titive immĂ©diate sur le marchĂ© mondial, laissant parfois la France orpheline de ses propres innovations.
DerriĂšre ces chiffres se cachent des histoires d’entrepreneurs qui ont bĂąti des empires Ă partir de rien. Voir ces structures basculer vers des fonds de private equity change la donne managĂ©riale. Le passage d’une gestion « en bon pĂšre de famille » Ă une gouvernance axĂ©e sur le reporting trimestriel et la performance pure est un choc culturel pour beaucoup de salariĂ©s. MalgrĂ© cela, certains voient dans ces arrivĂ©es de capitaux une chance de se projeter Ă l’international plus rapidement. C’est un pari risquĂ© oĂč la balance entre investissement et prĂ©servation de l’identitĂ© rĂ©gionale reste prĂ©caire.
Le tournant historique du groupe Nicollin face aux fonds internationaux
S’il est un nom qui incarne la rĂ©ussite familiale Ă la française, c’est bien celui du groupe Nicollin. FondĂ© en 1945 prĂšs de Lyon avant de s’Ă©panouir Ă Montpellier, cet empire des dĂ©chets est aujourd’hui Ă un tournant dĂ©cisif de son histoire. AprĂšs huit dĂ©cennies de contrĂŽle familial, les hĂ©ritiers de Louis Nicollin ont annoncĂ© ĂȘtre entrĂ©s en nĂ©gociations exclusives avec Morgan Stanley Infrastructure Partners. Cette dĂ©marche vise Ă cĂ©der la majoritĂ© du pĂŽle environnement, le cĆur historique de l’activitĂ©. C’est un vĂ©ritable sĂ©isme dans le monde Ă©conomique occitan, tant la famille Nicollin est indissociable de l’identitĂ© locale, tant par ses activitĂ©s industrielles que par son engagement dans le sport.
La dĂ©cision de s’adosser Ă un gĂ©ant amĂ©ricain comme Morgan Stanley n’est pas anodine. Elle rĂ©pond Ă une mutation profonde des mĂ©tiers de l’environnement. Aujourd’hui, gĂ©rer des dĂ©chets ne se limite plus Ă la collecte ; il faut investir massivement dans des centres de tri haute technologie, des unitĂ©s de valorisation Ă©nergĂ©tique et des solutions numĂ©riques complexes. Face Ă ces besoins en capitaux se chiffrant en centaines de millions d’euros, une structure familiale, aussi solide soit-elle, peut atteindre ses limites. La fusion avec un partenaire financier de cette envergure devient alors un levier de survie et de dĂ©veloppement face Ă des concurrents de taille mondiale.
Pour mieux comprendre l’ampleur de ce groupe, voici un aperçu de sa structure actuelle avant cette transition majeure :
| PĂŽle d’activitĂ© | Nombre de salariĂ©s (estimĂ©) | SpĂ©cificitĂ©s |
|---|---|---|
| Environnement | 4 500 | Collecte, tri et valorisation des déchets |
| Services | 1 500 | Nettoyage industriel et tertiaire |
| Eau & Assainissement | 800 | Gestion des rĂ©seaux et stations d’Ă©puration |
Cette cession soulĂšve des inquiĂ©tudes lĂ©gitimes sur l’ancrage local. Cependant, le secteur des dĂ©chets possĂšde une caractĂ©ristique unique : il repose sur des marchĂ©s publics et des installations physiques non dĂ©localisables. On ne peut pas dĂ©placer une station d’Ă©puration ou un centre de tri loin de la ville qu’ils desservent. Pour le groupe Nicollin, l’enjeu est de conserver son ADN tout en adoptant les standards de gestion d’un fonds international. Les fils Nicollin insistent sur le fait que cette alliance doit permettre au groupe de rester le numĂ©ro trois français du secteur, tout en accĂ©lĂ©rant sa modernisation technologique.
Pourquoi l’empire familial montpelliĂ©rain s’apprĂȘte Ă changer de dimension
Le dĂ©part de « Loulou » Nicollin avait dĂ©jĂ marquĂ© la fin d’une Ă©poque. Ses successeurs doivent aujourd’hui naviguer dans un environnement Ă©conomique oĂč la taille critique est devenue le maĂźtre-mot. Les nĂ©gociations avec le gĂ©ant Morgan Stanley montrent que mĂȘme les bastions les plus solides ne sont pas Ă l’abri des vents de la mondialisation financiĂšre. Cette Ă©tape est vĂ©cue par beaucoup comme une nĂ©cessitĂ© pragmatique pour Ă©viter le dĂ©clin face aux leaders du secteur qui disposent de moyens de frappe quasi illimitĂ©s.
L’arrivĂ©e d’un tel investisseur pourrait aussi signifier une expansion gĂ©ographique au-delĂ des frontiĂšres hexagonales. Le groupe Nicollin, fort de son expĂ©rience française, pourrait devenir le fer de lance de Morgan Stanley pour conquĂ©rir d’autres marchĂ©s europĂ©ens. C’est l’ambivalence de ces opĂ©rations : on perd un peu de son indĂ©pendance nationale, mais on gagne une puissance de feu qui peut assurer l’avenir des milliers d’emplois rattachĂ©s Ă la holding. L’histoire nous dira si l’esprit de famille pourra survivre Ă la rigueur des tableaux Excel des analystes new-yorkais.
L’ancrage territorial de Nutergia malgrĂ© l’arrivĂ©e de 3i Group
Dans l’Aveyron, Ă Capdenac-Gare, le laboratoire Nutergia est une figure de proue de la micronutrition. Avec un chiffre d’affaires franchissant la barre des 100 millions d’euros et prĂšs de 400 collaborateurs, cette entreprise est un moteur essentiel de l’Ă©conomie locale. Pourtant, elle aussi a franchi le pas : le fonds britannique 3i Group est devenu l’actionnaire majoritaire aprĂšs une annĂ©e d’audit rigoureux. Cette acquisition a provoquĂ© de vifs dĂ©bats sur la perte de contrĂŽle de nos industries de santĂ© naturelle au profit de financiers Ă©trangers. Mais pour Antoine Lagarde, le dirigeant actuel, la rĂ©alitĂ© est plus nuancĂ©e.
Contrairement Ă une vente totale, la famille fondatrice conserve 49 % des parts et reste aux commandes opĂ©rationnelles. Cette configuration permet de bĂ©nĂ©ficier de la puissance de frappe de 3i tout en gardant une vision Ă long terme propre aux entreprises familiales. L’objectif affichĂ© est clair : renforcer l’ancrage industriel en Aveyron. Des investissements massifs sont prĂ©vus pour agrandir le laboratoire et, fait notable, pour rapatrier des productions actuellement sous-traitĂ©es en Espagne. Ici, l’arrivĂ©e du capital Ă©tranger sert paradoxalement Ă renforcer la souverainetĂ© productive locale.
Le cas de Nutergia dĂ©montre que la nationalitĂ© de l’actionnaire ne dĂ©finit pas toujours la stratĂ©gie de l’entreprise. « La souverainetĂ© se mesure Ă l’ancrage industriel », martĂšle Antoine Lagarde. En choisissant un partenaire comme le fonds 3i Group, le laboratoire s’offre les moyens de son ambition mondiale. Le marchĂ© de la micronutrition est en pleine explosion, et pour rester compĂ©titif face aux laboratoires amĂ©ricains ou asiatiques, une taille intermĂ©diaire ne suffit plus. Il faut pouvoir investir dans la recherche et le dĂ©veloppement de maniĂšre agressive.
Cette alliance est scrutĂ©e de prĂšs par les autres acteurs de la rĂ©gion. Si Nutergia rĂ©ussit son pari de croissance tout en maintenant ses emplois en Aveyron, cela pourrait servir de modĂšle pour d’autres joyaux rĂ©gionaux tentĂ©s par l’aventure du private equity. L’idĂ©e est de transformer l’apport de capital en un accĂ©lĂ©rateur de compĂ©tences locales plutĂŽt qu’en une simple opĂ©ration de dĂ©sengagement financier. C’est un Ă©quilibre fragile qui demande une vigilance constante de la part des dirigeants historiques pour que les valeurs de l’entreprise ne soient pas diluĂ©es.
La souverainetĂ© d’une entreprise au-delĂ de son capital
On oublie souvent que la pĂ©rennitĂ© d’une sociĂ©tĂ© dĂ©pend autant de ses clients que de ses actionnaires. Pour Nutergia, la confiance des professionnels de santĂ© et des consommateurs est le vĂ©ritable actif Ă protĂ©ger. Un changement d’actionnariat qui entraĂźnerait une baisse de la qualitĂ© des produits serait suicidaire. C’est pourquoi le fonds 3i semble privilĂ©gier la continuitĂ©. En laissant la famille Lagarde piloter la stratĂ©gie produit, ils s’assurent de conserver l’Ăąme de la marque tout en optimisant la structure financiĂšre et logistique pour conquĂ©rir de nouveaux marchĂ©s.
L’exemple aveyronnais montre aussi que les territoires ruraux peuvent attirer des investisseurs globaux. Ce n’est pas parce qu’on est loin des grandes mĂ©tropoles qu’on n’est pas dans le radar des nouveaux gĂ©ants de la finance. Au contraire, la stabilitĂ© des Ă©quipes et le savoir-faire spĂ©cifique des zones rurales sont des atouts prĂ©cieux. Le dĂ©fi pour les annĂ©es Ă venir sera de s’assurer que ces investissements profitent rĂ©ellement au tissu local sur le long terme, et ne soient pas juste une Ă©tape avant une revente Ă un concurrent qui, lui, pourrait dĂ©cider de dĂ©localiser.
Les ressorts psychologiques et fiscaux de la vente précoce
Pourquoi tant d’entrepreneurs français dĂ©cident-ils de jeter l’Ă©ponge ou de passer le relais plus tĂŽt que prĂ©vu ? Plusieurs facteurs entrent en jeu, et ils ne sont pas tous d’ordre Ă©conomique. On observe un changement de comportement chez les fondateurs. Contrairement aux gĂ©nĂ©rations prĂ©cĂ©dentes qui gardaient leur sociĂ©tĂ© jusqu’au bout, les dirigeants actuels sont plus enclins Ă vendre dĂšs que l’opportunitĂ© se prĂ©sente, parfois dĂšs que l’entreprise atteint une taille critique. Il y a une forme de fatigue face Ă la complexitĂ© administrative et Ă la pression constante du marchĂ©. La perspective de rĂ©aliser une belle plus-value et de se lancer dans d’autres projets, ou simplement de profiter de la vie, devient de plus en plus sĂ©duisante.
L’incertitude fiscale joue Ă©galement un rĂŽle de repoussoir majeur. Le pacte Dutreil, qui permet de transmettre une entreprise familiale avec une fiscalitĂ© allĂ©gĂ©e, est rĂ©guliĂšrement remis en question lors des dĂ©bats politiques. Cette instabilitĂ© crĂ©e une peur chez les dirigeants : celle de voir le fruit de toute une vie taxĂ© de maniĂšre disproportionnĂ©e lors d’une transmission. Pour certains, la solution est radicale et peut mener Ă l’expatriation aprĂšs avoir vendu le groupe. Cette fuite des cerveaux et des capitaux est une perte sĂšche pour l’Ă©conomie nationale, car elle brise la chaĂźne de transmission du savoir-faire entrepreneurial.
On constate aussi un dĂ©sintĂ©rĂȘt croissant des hĂ©ritiers pour la reprise du flambeau. GĂ©rer une ETI de plusieurs centaines de salariĂ©s demande un sacrifice personnel que beaucoup de jeunes de la nouvelle gĂ©nĂ©ration ne sont plus prĂȘts Ă accepter. Ils prĂ©fĂšrent souvent tracer leur propre chemin, loin des contraintes de l’empire familial. Dans ce contexte, les fonds d’investissement Ă©trangers apparaissent comme une solution de sortie « propre » et rapide. Ils apportent le capital nĂ©cessaire et mettent en place des managers professionnels, libĂ©rant ainsi la famille des soucis opĂ©rationnels tout en garantissant la survie de la marque.
Cette tendance Ă la vente prĂ©coce est alimentĂ©e par l’abondance de liquiditĂ©s sur le marchĂ© mondial. Les fonds de private equity ont des milliards Ă investir et cherchent dĂ©sespĂ©rĂ©ment des entreprises rentables. Ils n’hĂ©sitent pas Ă proposer des multiples de valorisation trĂšs Ă©levĂ©s, rendant le refus difficile pour un chef d’entreprise. Mais vendre tĂŽt, c’est aussi prendre le risque de voir l’entreprise transformĂ©e radicalement avant d’avoir pu exprimer tout son potentiel sous pavillon français. C’est une perte d’opportunitĂ© pour le capitalisme hexagonal qui peine Ă faire Ă©merger des champions mondiaux restant sous son giron.
Le désamour des héritiers et la montée du private equity
La transmission familiale, autrefois pilier de notre Ă©conomie, semble devenir une anomalie. Les successions sont des moments de grande fragilitĂ© oĂč l’entreprise peut vaciller. Si l’hĂ©ritier n’est pas prĂȘt ou si la fratrie se dĂ©chire, l’appel Ă un fonds extĂ©rieur est souvent la seule issue pour Ă©viter le dĂ©pĂŽt de bilan. Les fonds Ă©trangers, avec leur expertise en structuration, arrivent avec des solutions clĂ©s en main qui rassurent les banques et les fournisseurs. Ils professionnalisent la gestion, mais au prix d’une certaine dĂ©shumanisation des rapports sociaux au sein de l’entreprise.
Cette situation profite aux acteurs internationaux qui voient dans la France un rĂ©servoir de talents sous-exploitĂ©s. En rachetant des entreprises comme Nutergia ou le groupe Nicollin, ils s’offrent des structures dĂ©jĂ rodĂ©es qu’ils n’ont plus qu’Ă optimiser. Pour l’entrepreneur qui vend, c’est souvent un soulagement, mais pour le territoire, c’est une perte d’influence. La dĂ©cision finale sur un investissement majeur ne se prend plus Ă Montpellier ou dans l’Aveyron, mais Ă Londres ou New York. Cette distance gĂ©ographique entre le capital et le travail est l’un des grands dĂ©fis de notre Ă©poque.
Défendre la souveraineté économique et le modÚle des ETI
Face Ă cette vague de rachats, la question de la souverainetĂ© Ă©conomique n’a jamais Ă©tĂ© aussi brĂ»lante. L’enjeu n’est pas seulement symbolique. Des Ă©tudes montrent que les acquĂ©reurs Ă©trangers ont tendance Ă fermer plus de sites de production en France que les repreneurs nationaux. Ă l’inverse, les entreprises familiales françaises qui achĂštent d’autres sociĂ©tĂ©s sont celles qui prĂ©servent le mieux l’emploi et l’outil industriel local. Elles ont une volontĂ© rĂ©elle de faire rayonner le patrimoine Ă©conomique français et de maintenir une valeur ajoutĂ©e sur le territoire. Le maintien des centres de dĂ©cision en France est vital pour conserver nos compĂ©tences de haut niveau.
Pour contrer cette dynamique, des voix s’Ă©lĂšvent pour renforcer nos propres outils de financement. L’idĂ©e est de dĂ©velopper des fonds souverains rĂ©gionaux puissants, capables de rivaliser avec les offres Ă©trangĂšres. Bpifrance et la Banque des Territoires jouent dĂ©jĂ un rĂŽle crucial, mais ils doivent disposer de moyens plus importants pour intervenir massivement lors des phases de transmission critiques. Encourager les Français Ă investir leur Ă©pargne â qui reste l’une des plus Ă©levĂ©es d’Europe â directement dans des entreprises non cotĂ©es de leur rĂ©gion pourrait ĂȘtre une piste sĂ©rieuse pour ancrer le capital durablement.
La comparaison avec nos voisins est cruelle. L’Allemagne compte plus de 12 500 « Mittelstands », ces entreprises moyennes ultra-performantes qui font la force de son industrie. En France, nous peinons Ă atteindre une telle densitĂ© d’ETI. Si nous laissons nos rares pĂ©pites passer sous contrĂŽle Ă©tranger les unes aprĂšs les autres, nous risquons de devenir une Ă©conomie de succursales, dĂ©pendante des choix stratĂ©giques faits ailleurs. Le cas de Petit Bateau, marque iconique passĂ©e sous le contrĂŽle d’un fonds amĂ©ricain aprĂšs avoir Ă©tĂ© familiale pendant plus d’un siĂšcle, doit nous servir d’avertissement.
Il ne s’agit pas de prĂŽner un protectionnisme aveugle, mais de crĂ©er un environnement favorable Ă la croissance et Ă la transmission de nos entreprises. Cela passe par une stabilitĂ© fiscale, un soutien Ă l’innovation et une Ă©ducation Ă l’entrepreneuriat qui redonne le goĂ»t du risque aux jeunes gĂ©nĂ©rations. Nos joyaux rĂ©gionaux mĂ©ritent d’ĂȘtre dĂ©fendus car ils sont les garants de notre autonomie stratĂ©gique et de la vitalitĂ© de nos territoires. La bataille pour le capital de nos ETI est la bataille pour l’indĂ©pendance de la France de demain.
Renforcer les fonds souverains et l’investissement de proximitĂ©
La solution rĂ©side peut-ĂȘtre dans une mobilisation collective. Si chaque rĂ©gion disposait d’un fonds d’investissement alimentĂ© par l’Ă©pargne locale et soutenu par l’Ătat, nous pourrions offrir des alternatives crĂ©dibles aux fonds internationaux. Ces fonds auraient pour mission de privilĂ©gier le maintien de l’emploi et le dĂ©veloppement industriel sur le long terme, plutĂŽt que la sortie financiĂšre Ă cinq ans. C’est en crĂ©ant ce cercle vertueux que nous pourrons protĂ©ger des entreprises comme Visionix ou le groupe Nicollin des appĂ©tits trop voraces.
L’avenir de nos rĂ©gions dĂ©pend de notre capacitĂ© Ă garder nos entrepreneurs chez nous. En offrant des perspectives de croissance solide sans obligation de vendre Ă l’Ă©tranger, nous pourrions voir Ă©merger une nouvelle gĂ©nĂ©ration de capitaines d’industrie fiers de leurs racines. La France a tous les atouts pour rester une grande puissance industrielle, Ă condition de savoir garder la main sur ses propres pĂ©pites. Le chemin est Ă©troit, mais il est nĂ©cessaire pour assurer une prospĂ©ritĂ© partagĂ©e et durable Ă l’horizon 2026 et au-delĂ .
Pourquoi les fonds Ă©trangers s’intĂ©ressent-ils autant aux ETI françaises ?
Les ETI françaises possÚdent souvent des savoir-faire uniques, une forte présence régionale et des bilans sains, ce qui en fait des cibles idéales pour des fonds cherchant des actifs rentables et stables en Europe.
Quel est l’impact de ces rachats sur l’emploi local ?
Si certains fonds investissent pour dĂ©velopper l’activitĂ©, les statistiques montrent que les acquĂ©reurs Ă©trangers ont tendance Ă restructurer davantage et Ă fermer plus de sites que les repreneurs familiaux français.
Le groupe Nicollin va-t-il disparaĂźtre ?
Non, le projet de cession au fonds Morgan Stanley concerne la majoritĂ© du pĂŽle environnement, mais l’objectif affichĂ© est de donner les moyens au groupe de se moderniser et de poursuivre sa croissance sous son nom historique.
Qu’est-ce que le pacte Dutreil ?
C’est un dispositif fiscal français qui permet de rĂ©duire considĂ©rablement les droits de mutation lors de la transmission d’une entreprise familiale, Ă condition de respecter certains engagements de conservation des titres.



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